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Une nouvelle création de Magie Mentale proposée par Scorpène et mise en scène par Serge Dupuy sous l’égide du Comte de Lautréamont.

Durée : 70 min.

Conception, interprétation : Scorpène

Mise en scène : Serge Dupuy
Coordination technique : Yannick Higounet
Création sonore : Ohre One
Coach theremin : Jimmy Virani
Création lumière et vidéo : Nicolas Simonin
Vidéo : Scorpène
Graphisme : Peters Bernard

Production : Scène 2
Co-production : Cirque-théâtre d’Elbeuf, Pôle national des arts du cirque de Haute-Normandie, Le Merlan – scène nationale à Marseille, Le Volcan – scène nationale du Havre, TAP – Théâtre Auditorium de Poitiers
Diffusion : Avant-scène Cognac

Entretien

Du mercredi 16 au vendredi 18 décembre 2015, le Volcan, au Havre (Seine-Maritime), accueille un spectacle peu ordinaire. À l’envers, la nouvelle création du mentaliste et magicien, Scorpène, vous convie à un voyage renversant, aux confins de l’inconscient.

La langue des oiseaux, la langue des alchimistes

Par Solène Bertrand , Normandie Actu

Sur internet, aucune vidéo de vos spectacles n’est disponible. La présentation de vos spectacles joue sur une tension rationnel et irrationnel. Vous cultivez le mystère ?
Je ne communique pas via la télévision et ne souhaite pas que des vidéos de mes spectacles circulent car chaque expérience est particulière. Chaque spectacle est singulier : je sollicite le public et privilégie l’interactivité. Ce qui prime est donc la qualité de présence, qu’on ne peut restituer par des captations visuelles. La magie que je pratique est la magie mentale : c’est une manipulation invisible qui me permet de conduire et de guider le public dans un endroit qu’il n’explore que rarement.

Votre nouvelle création, À l’envers, traite des rêves. Vous nous emmenez dans des contrées cachées ?
Je n’ai aucun pouvoir et joue la carte de l’illusion. Je prends la main des spectateurs et les invite à interroger le langage, leur utilisation du langage pour tenter d’ouvrir leur esprit sur d’autres mondes. Pour cela, j’utilise la langue des oiseaux.

La langue des oiseaux était la langue utilisée par les alchimistes, leur permettant de crypter leurs messages. Comment l’appréhendez-vous et la mettez-vous en scène ?
Jeune, j’entendais la musique des mots, c’est-à-dire qu’ils ne revêtaient pas le même sens. La plupart des gens, pour travailler sur le langage, décomposent les mots, afin d’en chercher le sens caché. Moi, j’ai dû faire le chemin inverse : apprendre à les recomposer pour accéder à leur signification générale.

Les mots, des clefs pour ouvrir les portes de l’inconscient.

Comment travaillez-vous avec le public ?
Mon spectacle est entièrement basé sur les rêves et je rentre dans les rêves des gens, pour éveiller leur conscience à d’autres réalités. On délimite nos réalités avec nos croyances et les expériences que je propose sont l’occasion d’ôter les verrous. Le spectateur révèle la magie qui est en lui. Je n’ai aucun pouvoir, hormis la maîtrise de quelques techniques et de l’illusion. Le reste, c’est la qualité de présence qui le révèle.

Ce rapport au mot et à l’inconscient est très lacanien, psychanalyste dont la théorie consiste à dire que notre inconscient se manifeste dans les mots et les songes.
Je conçois mon travail comme une gymnastique du corps, une gymnastique pour ouvrir l’esprit et apprendre à écouter les mots. Par exemple, dans bonheur, on entend bonne heure. Le bonheur est dans l’instant, dans le moment présent. Je donne des petites clefs amusantes pour renouer avec la tradition orale et la mélodie des mots.

Plusieurs niveaux de lecture

Les amateurs de magie traditionnelle risquent d’être déroutés ? À qui s’adresse ce spectacle ?
À tout le monde. Il y a plusieurs niveaux de lecture : certains n’y verront que des tours de magie et de l’illusion, pour d’autres, le spectacle peut ouvrir sur des questions existentielles.

Votre nom de scène, Scorpène, est emprunté aux Chants de Maldoror de Lautréamont. Une référence qui vous est chère ?
C’est un texte marquant pour sa musicalité et sa construction. Le scorpène-horrible est un poisson qui vit seul.

Doit-on comprendre que la maîtrise de la langue des oiseaux est vécue comme un isolement ?
Pas du tout. C’est ce qui me relie au monde. J’entends la musique des mots, l’intonation. Chaque personne est un violon. Sur l’instant, maintenant, je le conduis vers d’autres réalités. Maintenant, c’est main-tenant… une notion de guide qui conduit, une main tendue.

Vous êtes un ancien joueur d’échecs. La magie mentale fait appel à la même capacité de concentration, de connaissance de l’autre ?
La magie mentale questionne notre rapport au réel. On est relié à l’autre, tout comme aux échecs, mais la magie est moins élitiste que le jeu d’échecs. J’ai surtout réadapté ce que je sais faire en magie : je n’ai plus d’adversaires, mais des partenaires. C’est une vraie thérapie : une terre-happy, une façon d’être heureux sur terre.

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